Femmes d'Asie centrale : mentalité, couple et société — interview de Nadia Bekova, anthropologue

Entre héritage soviétique, normes familiales et mutations urbaines, l’anthropologue franco-kazakhe Nadia Bekova décrypte la place des femmes et les réalités du couple dans les cinq pays d’Asie centrale. Cette interview distingue les avancées mesurables — scolarisation, entrepreneuriat, accès aux études — des obstacles persistants : double journée, violences, inégalités salariales et pression matrimoniale. Du Kazakhstan au Turkménistan, elle invite les voyageurs à observer les situations locales avec nuance, sans confondre religion, coutume et autoritarisme politique.

L’école : des progrès réels, une traduction incomplète dans la vie adulte

Sophie Marchal — Quand on parle des femmes en Asie centrale, le premier réflexe est souvent de citer l’éducation. Est-ce vraiment un indicateur encourageant ?

Nadia Bekova — Oui, à condition de ne pas s’y arrêter. Les acquis scolaires sont considérables dans une région marquée par l’héritage soviétique de massification de l’éducation. Les rapports de scolarisation filles-garçons atteignent 1,08 au Kazakhstan et 1,06 au Kirghizstan : cela signifie que les filles y sont légèrement plus présentes que les garçons dans les niveaux observés. Au Tadjikistan, en revanche, le ratio est de 0,84, ce qui signale un décrochage féminin plus net. L’école ouvre des possibilités, mais elle ne garantit ni un emploi stable, ni la propriété, ni une liberté de choisir son conjoint.

Sophie Marchal — L’Ouzbékistan est souvent présenté comme le pays de la progression universitaire féminine la plus visible.

Nadia Bekova — Les données sont parlantes : en 2026, 54 % des étudiants de l’enseignement supérieur ouzbek sont des femmes, soit plus de 904 000 étudiantes. C’est une transformation majeure. À Samarcande, sur un marché où je travaillais avec des familles de commerçants, des mères me montraient fièrement les photos de leurs filles à l’université. Mais elles ajoutaient parfois, dans le même souffle : « Après le diplôme, il faudra tout de même fonder un foyer. » L’ambition éducative et l’attente matrimoniale ne s’excluent pas ; elles se superposent, parfois lourdement.

Au Kazakhstan, la quasi-parité s’étend de l’école primaire au supérieur, et les femmes sont très présentes dans les études. Pour préparer un séjour et mieux saisir les contrastes entre métropoles, petites villes et espaces ruraux, notre guide complet du Kazakhstan en 2026 apporte des repères concrets.

Sophie Marchal — Comment expliquez-vous l’écart tadjik ?

Nadia Bekova — Il faut parler de distance, de revenus, de migration et de normes familiales. Dans un village du Pamir, une adolescente m’a expliqué qu’elle voulait devenir infirmière, mais que le collège éloigné impliquait transport, dépenses et inquiétude parentale. Lorsque les hommes migrent pour travailler, les filles peuvent aussi être retenues au foyer pour aider aux tâches, aux enfants ou aux personnes âgées. La question n’est donc pas une prétendue absence d’intérêt pour l’école : c’est la distribution très concrète des ressources et du temps.

PaysÉducation et emploiFamille et droits
KazakhstanQuasi-parité scolaire ; 13 % de l’emploi féminin dans l’agriculture en 2021.Mariage plus tardif en milieu urbain ; 19,4 % de femmes au Parlement en février 2024.
KirghizstanRatio filles-garçons de 1,06 ; travail dans les services, le commerce, l’agriculture et l’informel.Normes coutumières fortes dans certaines zones rurales, malgré les interdictions légales.
Ouzbékistan54 % des étudiants du supérieur sont des femmes ; 24 % de l’emploi féminin agricole en 2021.Entrepreneuriat en hausse, mais famille patriarcale et protections inégalement appliquées.
TadjikistanDécrochage scolaire féminin après le primaire ; 60 % de l’emploi féminin dans l’agriculture en 2021.Pression familiale, charge domestique et autonomie patrimoniale limitée.
TurkménistanDonnées officielles difficiles à comparer ; femmes présentes en médecine et enseignement.Contrôle social et libertés civiles limitées malgré l’égalité proclamée.

Travailler ne signifie pas toujours disposer de son revenu

Sophie Marchal — Beaucoup de voyageuses voient des femmes au travail partout : dans les bazars, les cafés, les écoles, les champs. Peut-on en déduire une forte autonomie économique ?

Nadia Bekova — Ce serait une erreur. La présence au travail est visible, mais la qualité de l’emploi, le niveau de revenu et le pouvoir de décision sont des sujets distincts. Au Kazakhstan, les femmes sont nombreuses dans l’éducation, la santé et l’administration, des secteurs essentiels mais souvent moins rémunérateurs et moins représentés dans les directions. Dans l’ancien kolkhoze près de Karaganda où j’ai enquêté, beaucoup géraient la comptabilité domestique et une activité secondaire, tout en laissant les investissements importants au mari ou à la belle-famille.

Femmes ouzbèkes échangeant avec une vendeuse sur un marché de Samarcande
Dans les marchés d’Asie centrale, le travail féminin est très visible, mais ses revenus et sa reconnaissance varient fortement.

Sophie Marchal — Les chiffres agricoles sont particulièrement révélateurs, n’est-ce pas ?

Nadia Bekova — Absolument. En 2021, l’agriculture représentait 13 % de l’emploi féminin au Kazakhstan, 19 % au Kirghizstan, 19 % au Turkménistan, 24 % en Ouzbékistan et 60 % au Tadjikistan. Derrière ces pourcentages, il y a des réalités très différentes : exploitation familiale, culture vivrière, travail saisonnier, soin du bétail, vente informelle. Au Tadjikistan, le départ des hommes vers l’étranger accroît souvent la responsabilité des femmes sans leur donner automatiquement titre de propriété, protection sociale ou contrôle des revenus.

Sophie Marchal — L’Ouzbékistan avance pourtant sur le crédit et l’entrepreneuriat féminin.

Nadia Bekova — C’est un changement concret : plus de 380 000 femmes ont reçu un prêt pour entreprendre en 2025. Cela peut permettre d’ouvrir un atelier de couture, de développer une activité alimentaire ou de financer un petit commerce. Mais un prêt n’est pas une baguette magique. Il peut aussi placer une femme sous pression si le marché est fragile ou si la décision économique demeure familiale. Le bon indicateur n’est pas seulement le nombre de crédits accordés ; c’est la capacité à conserver son activité, ses bénéfices et son pouvoir de négociation.

Repères pour comprendre sans juger

En voyage, observez qui tient le commerce, qui prend les décisions et qui fait le travail invisible, sans tirer de conclusion après une seule scène. Dans une famille, adressez-vous directement aux femmes comme aux hommes, demandez l’autorisation avant toute photo et privilégiez des conversations simples sur le quotidien : études, métier, ville d’origine, projets. Ces gestes donnent souvent accès à une réalité plus riche que les clichés sur « la tradition ».

Pour approfondir les rapports entre mobilité, travail et vie quotidienne dans les vallées ou les régions montagneuses, notre guide de voyage au Tadjikistan aide à replacer les rencontres dans leur contexte local.

Le couple et la famille : une institution centrale, des expériences très diverses

Sophie Marchal — Parlons du couple. La famille reste-t-elle la structure dominante dans les cinq pays ?

Nadia Bekova — Oui, mais il faut entendre « famille » au sens large : parents, beaux-parents, fratrie, réseaux d’entraide et parfois voisins. Le couple ne se vit pas toujours comme une unité isolée, surtout hors des grands centres urbains. La double journée est le dénominateur commun le plus clair : emploi rémunéré ou activité informelle d’un côté, cuisine, enfants, soins aux aînés et organisation domestique de l’autre. Cette charge ne concerne pas toutes les femmes de la même façon, mais elle structure les inégalités de temps.

Sophie Marchal — Le Kazakhstan semble se distinguer par des mariages plus tardifs.

Nadia Bekova — Dans les villes, particulièrement Almaty et Astana, on observe effectivement des mariages plus tardifs, une vie étudiante plus longue et davantage de couples qui négocient leur organisation. Mais les violences domestiques persistent, et la présence des femmes au Parlement n’atteignait que 19,4 % en février 2024. Le contraste est instructif : la réussite scolaire n’a pas encore produit une représentation politique à la même hauteur. Par ailleurs, 7 % des Kazakhes âgées de 20 à 24 ans avaient été mariées avant 18 ans ; ce n’est pas majoritaire, mais ce n’est pas négligeable. Pour qui s’intéresse aux rencontres interculturelles sérieuses avec des femmes de la région, le comparatif d’agences matrimoniales spécialisées dans les couples franco-slaves donne des repères utiles avant de se lancer.

Sophie Marchal — Le Kirghizstan est régulièrement associé à l’enlèvement de fiancées. Comment en parler sans sensationnalisme ?

Nadia Bekova — En rappelant d’abord qu’il s’agit d’une pratique interdite légalement et que de nombreuses Kirghizes la contestent. Il ne faut ni la présenter comme un folklore, ni faire croire qu’elle résume le pays. Dans certaines zones rurales, la pression coutumière demeure forte et peut rendre très difficile le refus d’une jeune femme, surtout quand l’entourage banalise le fait accompli. Mais à Bichkek, j’ai rencontré des étudiantes et des associations qui en parlent frontalement, organisent des campagnes et revendiquent le droit au consentement.

  1. La cohabitation avec la belle-famille peut fournir un soutien matériel, mais aussi limiter l’intimité et l’autonomie du couple.
  2. La maternité et le soin des proches restent souvent considérés comme des responsabilités féminines prioritaires.
  3. Le revenu propre améliore la marge de décision, sans abolir automatiquement les rapports de pouvoir au sein du foyer.

Islam, coutumes et autoritarisme : ne pas tout mettre dans le même mot

Sophie Marchal — Les visiteurs attribuent parfois très vite les normes de genre à l’islam. Est-ce pertinent ?

Nadia Bekova — C’est insuffisant et souvent faux. L’islam sunnite est majoritaire dans la région, mais les cinq États restent officiellement laïques dans une histoire profondément façonnée par l’Union soviétique. Les pratiques religieuses influencent des normes de pudeur, de respect familial ou de mariage, mais elles sont toujours interprétées localement. Il faut distinguer religion, coutume, conditions économiques et politique d’État. Sinon, on explique tout par une seule cause et l’on ne comprend plus rien.

Sophie Marchal — Le Turkménistan illustre particulièrement cette nécessité de distinguer les niveaux d’analyse ?

Nadia Bekova — Tout à fait. Au Turkménistan, l’égalité est proclamée dans les textes, mais les libertés civiles sont limitées et les données manquent de transparence. Les restrictions informelles concernant la mobilité ou l’apparence féminines relèvent aussi d’un contrôle social et politique. Une enquête citée indiquait qu’environ 60 % des femmes interrogées considéraient que le mari avait le droit de battre sa femme : c’est un signal alarmant, qui doit être lu avec prudence au regard du contexte de collecte, mais jamais minimisé. Le problème ne s’appelle pas « une religion » ; il s’appelle l’impunité, la dépendance et l’absence d’espace sûr pour contester.

Le piège des généralisations

Évitez les formules telles que « les femmes d’Asie centrale sont… » ou « les hommes là-bas pensent… ». Les différences entre une capitale et un village, entre générations, niveaux de revenus et histoires familiales sont considérables. Ne réduisez pas davantage une pratique coercitive à une identité nationale ou religieuse : la comprendre exige de regarder les lois, leur application, les rapports économiques et les voix de celles qui y résistent.

Violences : des lois, des chiffres et des protections qui restent inégales

Sophie Marchal — Les violences conjugales traversent votre analyse. Que révèlent les données disponibles ?

Nadia Bekova — Elles révèlent d’abord l’ampleur du besoin de protection. En Ouzbékistan, 48 303 cas de violences ont été enregistrés durant le premier semestre 2025. Un chiffre enregistré ne recouvre jamais toute la réalité : il peut signaler davantage de violence, mais aussi une meilleure déclaration ou un dispositif administratif plus accessible. Dans tous les cas, cela impose de sortir du déni. Les réformes existent, les dispositifs évoluent, mais leur accès reste inégal selon la ville, le revenu, la dépendance économique et la confiance envers les institutions.

Jeunes femmes discutant devant une université moderne à Almaty au Kazakhstan
L’accès croissant aux études nourrit de nouvelles aspirations, sans effacer d’un coup les contraintes familiales et professionnelles.

Sophie Marchal — Quel regard un voyageur peut-il porter sans se poser en sauveur ?

Nadia Bekova — Un regard attentif, modeste et respectueux. On ne demande pas à une personne rencontrée dans une guesthouse de raconter des violences intimes. En revanche, on peut soutenir des établissements gérés par des femmes, rémunérer correctement les services, ne pas insister lorsqu’une interlocutrice refuse une photo ou une conversation, et écouter les initiatives locales quand elles choisissent de parler. La sécurité ne consiste pas à juger une société depuis l’extérieur ; elle consiste aussi à respecter les limites posées par les personnes.

Ce qui évolue : transformer les diplômes en autonomie effective

Sophie Marchal — Malgré ce tableau contrasté, qu’est-ce qui vous rend optimiste ?

Nadia Bekova — Les changements viennent souvent de manière discrète : une fille qui poursuit ses études, une mère qui ouvre un commerce, une avocate qui accompagne une voisine, un père qui prend en charge les enfants pendant que sa conjointe travaille. L’Ouzbékistan connaît une poussée spectaculaire de l’enseignement supérieur féminin et de l’entrepreneuriat. Au Kazakhstan, les jeunes femmes urbaines parlent de carrière et de logement avec une assurance nouvelle. Au Kirghizstan, les mobilisations contre les violences et les enlèvements de fiancées sont visibles. Ce ne sont pas des anecdotes : ce sont des lignes de transformation.

Sophie Marchal — Quelle serait alors la priorité politique commune aux cinq pays ?

Nadia Bekova — Transformer l’éducation en autonomie réelle. Cela veut dire des emplois formels, des salaires égaux, l’accès à la propriété et au crédit, des protections effectives contre les violences, la liberté matrimoniale et une participation politique plus forte. On ne peut pas féliciter une région pour ses diplômées tout en acceptant qu’elles portent seules la charge domestique ou qu’elles restent minoritaires dans les lieux de décision. Le vrai progrès se mesure dans la possibilité de dire oui, non, partir, rester, travailler et disposer de ses revenus sans peur.

Ce regard nuancé fait écho à notre interview sur les femmes en Europe de l’Est : les héritages historiques comptent, mais ils n’enferment jamais les individus dans une identité figée.

Sophie Marchal — Que retenez-vous pour un premier voyage dans la région ?

Nadia Bekova — Qu’il faut voyager avec curiosité plutôt qu’avec un scénario préécrit. Une femme qui porte un foulard peut être entrepreneuse, étudiante, mère, militante ou tout cela à la fois. Une jeune femme en jean à Almaty peut néanmoins subir une pression familiale très forte. N’interprétez pas un vêtement comme une biographie. Prenez le temps d’écouter, acceptez de ne pas tout comprendre immédiatement et souvenez-vous que les habitantes sont les premières expertes de leur propre vie.

Pour préparer une expérience attentive aux réalités de genre, lisez aussi notre interview d’une voyageuse solo en Asie centrale, consacrée aux pratiques concrètes de déplacement, d’hébergement et de rencontre.

Questions fréquentes

Les femmes ont-elles les mêmes droits que les hommes en Asie centrale ?

Les constitutions et les lois affirment généralement l’égalité, mais l’application varie fortement selon les pays, les territoires et les situations familiales. Les écarts concernent notamment l’accès aux postes de pouvoir, aux revenus, à la propriété, à la protection contre les violences et à la liberté matrimoniale. Le Kazakhstan affiche par exemple une forte scolarisation féminine, mais les femmes n’occupaient que 19,4 % des sièges parlementaires en février 2024. Il faut donc distinguer droits formels, protections réelles et possibilités quotidiennes d’exercer ces droits.

Quel pays d’Asie centrale est le plus favorable aux femmes ?

Il n’existe pas de classement simple et honnête. Le Kazakhstan présente une urbanisation importante, une quasi-parité scolaire et des mariages souvent plus tardifs dans les grandes villes. L’Ouzbékistan progresse rapidement dans l’enseignement supérieur et l’entrepreneuriat féminin. Mais partout, les inégalités salariales, la charge domestique, les violences ou la pression familiale peuvent demeurer importantes. La réalité dépend aussi beaucoup de l’âge, de la classe sociale, du lieu de résidence et de la situation familiale. Mieux vaut comparer des indicateurs précis que désigner un « meilleur » pays.

Le mariage forcé et l’enlèvement de fiancées existent-ils encore au Kirghizstan ?

L’enlèvement de fiancées existe encore dans certains contextes au Kirghizstan, malgré son interdiction légale. Il ne doit ni être romantisé comme une tradition pittoresque, ni être présenté comme le quotidien de toutes les Kirghizes. Des associations, des étudiantes, des juristes et des familles s’y opposent activement. Les risques et les pressions sont davantage signalés dans certains espaces ruraux, où les normes coutumières pèsent plus fortement. Pour comprendre le sujet, il faut privilégier les voix locales et reconnaître que le consentement reste l’enjeu central.

Pourquoi tant de femmes travaillent-elles dans l’agriculture au Tadjikistan ?

En 2021, environ 60 % de l’emploi féminin au Tadjikistan se situait dans l’agriculture, une proportion très supérieure à celle des autres pays de la région. La migration masculine de travail joue un rôle important : lorsqu’un mari, un frère ou un fils part, les femmes assument davantage les cultures, le bétail et l’organisation quotidienne. Cette responsabilité ne signifie pas forcément autonomie financière, car les titres de propriété, le crédit et les décisions majeures peuvent rester contrôlés par d’autres membres de la famille. Le travail agricole féminin est donc central, mais souvent insuffisamment reconnu.

Comment aborder le sujet du couple avec des habitants pendant un voyage ?

Commencez par des sujets ouverts et non intrusifs : études, métier, vie dans la ville ou le village, activités familiales, projets professionnels. Évitez les questions directes sur le mariage, le divorce, la violence ou la religion, surtout lors d’une première rencontre. Si une personne aborde elle-même ces thèmes, écoutez sans chercher à obtenir un témoignage spectaculaire ni à comparer immédiatement avec votre propre pays. Le respect du consentement, de l’intimité et du contexte est essentiel. Une conversation réussie laisse toujours à l’interlocuteur la possibilité de changer de sujet. Côté pratique, un comparatif indépendant des sites de rencontre aide aussi à distinguer les plateformes sérieuses des simples applications de swipe, un discernement précieux quand on échange en ligne avant un premier voyage.

===